25.09.2016

Écoconception, graphisme et environnement visuel

Groupe de recherche coordonné par Roxane Jubert
(roxane.jubert@ensad.fr)

Intervenante associée : Vonnik Hertig (design couleur, espace)

Ce groupe de recherche a pour objectif de construire, au sein d’EnsadLab, un espace consacré aux relations entre graphisme, écoconception et environnement visuel. Il s’agit d’œuvrer à une approche, à une pratique et à une connaissance de la communication visuelle – incluant son contexte de production, sa réception, etc. – dans une perspective de soutenabilité. Ouvert en 2016, ce groupe est voué à ces thématiques, fondamentales aussi bien pour la vision contemporaine que pour l’avenir.

Intégrer une conscience de l’environnement interroge les données issues de la culture graphique, ses modèles et ses codes. Une telle visée invite à réfléchir, à projeter et à pratiquer la communication visuelle à travers d’autres priorités. Elle invite à des élaborations prospectives, innovantes, critiques ou décalées – passant, si besoin, par une reconsidération des pratiques, des matériaux, des sujets et des critères établis ou consacrés. Création, conception, production, perception, espace chromatique, technique, fabrication, consommation, usage, recyclage, etc. : autant de facettes de la vie des objets graphiques, qui peuvent être explorées, analysées, questionnées, déplacées, réinventées, imaginées, etc.

Les principales intentions de ce groupe de recherche consistent à :

– favoriser la conscience de l’environnement dans le champ de la communication visuelle,
– inviter à réfléchir aux articulations possibles entre au moins deux de ces trois termes : écoconception, graphisme et environnement visuel,
– mettre l’accent sur ces articulations, et en faire une priorité – en particulier pour tout ce qui a trait à la durabilité, à l’écoconception, à l’environnement, ainsi qu’à tout autre aspect susceptible de participer à cette optique,
– accueillir, encourager et accompagner des recherches et explorations inscrites dans ces thématiques et portant ces objectifs de façon affirmée,
– développer un espace d’échanges et de rencontres pour celles et ceux qui partagent ces intérêts et qui travaillent à ces questionnements,
– accompagner des étudiants en année prédoctorale dans le choix et l’élaboration d’un projet de thèse,
– favoriser des synergies et susciter des initiatives en la matière.

Cet espace de recherche vise, de façon volontaire, à se définir comme ouvert à une pluralité de vues, d’approches et de problématiques. Il intègre le design graphique mais ne s’y limite pas, dans la mesure où il s’agit de pouvoir étendre les questions au cycle de vie des productions graphiques – depuis leurs composantes à leur existence et leur destinée. De fait, si le graphisme est au cœur de ce programme, il laisse de la place pour d’autres champs de compétences susceptibles d’apports ou de croisements féconds. Ce groupe peut accueillir, de façon ponctuelle, des intervenants venant d’horizons divers, dont la spécialité et l’expertise s’inscrivent dans sa thématique. De façon plus générale, la dimension internationale a aussi un rôle à jouer dans ces perspectives de recherche.

Les projets développés et discutés au sein de ce groupe peuvent tout aussi bien :

– interroger les signes, les messages, la couleur, les supports, les matériaux, la perception, etc.
– relever de la communication visuelle, de l’écriture et de la typographie, du design, de l’art – ou bien encore de la transdisciplinarité et d’autres champs d’activité (dans la mesure où ils recoupent ou élargissent les questionnements définissant ce groupe),
– selon les cas, poursuivre une visée spécialisée ou se construire dans un esprit transversal,
– focaliser sur des questions de contenu, sur la dimension matérielle, sur des aspects perceptifs, sur une reconsidération des pratiques, servir des sujets ou des causes peu ou pas abordés par le design graphique, interroger les codes et les repères établis, s’appuyer sur des données environnementales, etc.,
– nourrir des approches pragmatiques, poétiques, prospectives, historiques, philosophiques, techniques, fonctionnelles, didactiques, critiques, philanthropiques, utopiques…

Autant de pistes et de questionnements qui peuvent provenir d’une préoccupation personnelle, d’un mode de réflexion, d’un engagement singulier, d’une pertinence pratique, d’une volonté de faire œuvre utile, d’une vision renouvelée de la matérialité, d’une étude de la perception ou de la cognition, de créations et de propositions alternatives, d’une pensée de l’environnement, d’une posture critique, d’un non-conformisme, d’un cheminement à partir des pratiques de consommation et de production, d’une éthique, etc.

Étudiants-chercheurs, année scolaire 2017-2018 :

(année prédoctorale)
Victoria Calligaro
Cássia D’Elia Oliveira
Cédric Pierre

Cássia D’Elia : projet de recherche, année prédoctorale, 2017-2018

Design graphique et biomatériaux
Une pratique sensible, orientée vers la recherche d’impression à moindre impact environnemental

Nous vivons une époque où la soutenabilité de l’existence humaine s’avère socialement et écologiquement incertaine. À travers une pratique responsable et une démarche poétique, comment pouvons-nous être acteurs de la transition d’une logique de surconsommation et de croissance effrénée vers un système soutenable ?
Nombreux sont les enjeux d’un graphisme tourné vers un moindre impact environnemental. Notre responsabilité sociale nous mène à une réflexion sur le redéploiement de notre pratique et sur les moyens à mettre en œuvre pour aller vers le rééchelonnement de la production et la dépollution visuelle. Il convient d’enquêter sur le positionnement critique et éthique des projets, en ce qui concerne la commande, les méthodes, les moyens techniques et les matériaux employés.
L’objet de ma recherche est de mettre le graphisme en équilibre et en symbiose avec son milieu et ses destinataires. Pour étendre les possibilités d’articulation entre le design graphique, l’homme et la nature, je souhaite explorer la dimension concrète et poétique de la matérialité et ses qualités métaphoriques, afin de parvenir à une sensibilisation de l’homme par son environnement (incluant le registre de l’affectif) et de susciter plusieurs regards possibles.
Une recherche centrée sur l’objet imprimé me mène à imaginer un projet à deux voies. La première concerne l’investigation des procédés techniques et des matériaux. À travers une approche pluridisciplinaire, je fais un état des lieux des biomatériaux destinés aux usages graphiques. Plusieurs initiatives autour des encres biosourcées et biodégradables sont en développement – encres végétales, micro-bactériennes ou produites à partir d’algues – surtout dans le métier du textile. Dans le domaine de l’impression, les recherches sont encore timides. Afin d’explorer l’usage de certains de ces matériaux par la création graphique, soumis à des principes d’économie matérielle et gestuelle, je propose de réaliser, par des techniques de fabrication artisanales, des dispositifs graphiques d’activation du sensible.
La deuxième voie m’amène aux possibilités de l’impression sans couleur et de la couleur sans encre. Actuellement, nous pensons l’impression comme un procédé technique de transfert d’encre vers un support physique. Cela n’a pas toujours été le cas : ainsi, en Basse-Mésopotamie, entre 3400 et 3200 av. J.-C., le premier système d’écriture (appelé cunéiforme) se pratiquait par incision à l’aide d’un calame sur une grande variété de supports.
Il s’agit de penser aux moyens d’impression antérieurs aux encres ou au-delà du recours aux encres. De penser à la nature et à l’architecture du support, aux possibilités de donner forme au message par la matière. D’une surface vide, blanche, brute ou naturelle, comment le message s’éveille-t-il ? L’invisible peut-il se révéler suite à un contact ? Le support peut-il être en lui-même la couleur ? Est-il possible d’appliquer le principe des couleurs structurelles (couleurs qui découlent de l’interaction de la lumière avec des surfaces structurées) dans mes dispositifs graphiques ? Quelles méthodes ont déjà été expérimentés ou développées ?
Enfin, comment le graphisme, par une pratique de réduction de moyens et d’économie visuelle, peut-il activer la perception et stimuler les sens ? Comment peut-il concourir à reconnecter l’homme à la nature, à l’aider à prendre conscience de son environnement et des changements qui l’affectent ?

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Victoria Calligaro : projet de recherche, année prédoctorale, 2017-2018

Écoconception et édition : une approche à travers le spectre chromatique

Éco-critique, eco-friendly, éco-poétique, éco-féminisme, éco-théories, éco-extrémisme : les usages du préfixe « éco » sont aujourd’hui nombreux, toujours plus complexes et engagés. Appliquée au monde du livre, l’écoconception convoque un ensemble interdisciplinaire et protéiforme. Cette notion interroge le design graphique et ses savoir-faire techniques, hérités et en devenir. Ces enjeux d’écoconception pour l’objet-livre se retrouvent à de nombreuses étapes de sa chaîne de production et sont aussi plus anciens qu’ils n’y paraissent. Le livre, comme artefact industriel de lecture, intègre déjà la notion de cycle de vie : il est le sous-produit de certains déchets urbains ennoblis – le chiffon autrefois, le papier recyclé aujourd’hui. En parallèle, la couleur opère comme langage et comme facteur de distinction dans l’espace et l’univers des objets.
Mon projet de recherche au sein d’EnsadLab vise à trouver par une approche chromatique et colorimétrique de nouvelles façons de pratiquer l’écoconception éditoriale, dans une démarche expérimentale et prospective. Cette entrée sur les enjeux de la couleur dans la chaîne de production du livre permet d’envisager l’objet édité d’une nouvelle manière, d’imaginer des scénarios alternatifs et spéculatifs, avec un regard transversal et renouvelé.
Le lien entre couleur et écologie éditoriale traverse à de nombreux moments la production du livre, se teintant d’enjeux sociétaux ou esthétiques liés aux époques et aux modes de production. En contrepoint, la chaîne du livre, étonnamment résiliente, a accompagné silencieusement ce que nous nommons les révolutions techniques – qui se révèlent être des processus longs, chaotiques et non neutres. La couleur permet d’interroger le livre dans ses dimensions transdisciplinaires, convoquant la cognition, l’ergonomie, la notion de perception à la fois culturelle et sensorielle, la biodiversité formelle, l’esthétique, le design, ainsi que le matériau, le support, la technique, et l’espace numérique où se déploie le texte.
Dans cette perspective, la couleur et le blanc occupent des rôles essentiels comme signe et comme espace. Ces rôles sont notamment distinctifs et normatifs, leurs usages et procédés mutent. L’étude de ces fonctions écologiques et écosystémiques dans le « livre noir » (à savoir le livre produit à échelle industrielle et imprimé en noir) nous renseigne sur les enjeux de l’écoconception éditoriale.
Ainsi, quels sont les différents rôles de la couleur et du blanc pris comme « hyperobjets » (c’est-à-dire comme des notions qui débordent leurs objets d’étude) dans une écologie éditoriale ? Peut-on imaginer un gris typographique écologiquement indexé ? Le blanc dans l’édition est-il réductible à un espace non-imprimé, non-inscrit, ou bien agit-il aussi comme couleur ? Peut-on attribuer un rôle à une couleur dans une écoconception éditoriale ? Dans la relation personnelle au livre, quelles sont les implications sociologiques et ergonomiques de la perception de la couleur ? Enfin, comment se construit l’imaginaire chromatique dans le champ des pratiques de l’édition de livres ? Autant de pistes qui interrogent les pratiques d’un livre écoconçu comme support innovant et soutenable.

Étudiants-chercheurs, année scolaire 2016-2017

Pour sa première année d’ouverture, ce groupe a accueilli, à la rentrée 2016, trois étudiants en année prédoctorale :
Julie Blanc
Cássia D’Elia Oliveira
Cédric Pierre